Kalash & Chicom
Un couple légendaire
Cet article se veut un peu inhabituel. Il n'est pas à proprement parler un article scientifique, ni véritablement une review. Il se veut pragmatique, basé sur les RETours d'Expériences de ceux,
et ils sont nombreux, qui ont utilisé ou utilisent encore une Kalashnikov et le porte-chargeurs Chicom.
Les photos qui illustrent l'article ont été effectuées avec la réplique Airsoft d'une AK47S et un véritable porte-chargeurs Chicom.
J'ajoute, en outre, qu'aucun des deux modèles n'a été maltraité au cours de la prise de vues.
La Kalashnikov
QUI?
Ce terme usuel s'applique aujourd'hui à tous les dérivés directs du célébrissime fusil d'assaut AK47, inventé à la fin des années 40 par Mikhail Kalashnikov. Cette histoire, tout le monde la
connaît, aussi, personne ne m'en voudra si je ne m'attarde pas dessus. Si vous souhaitez connaître le sujet, cliquez sur ce
lien.
L'AK47 a donné naissance à une foultitude de rejetons de renommée, tels que l'AKM, l'AIM roumaine (avec poignée avant en bois), le Type 56 chinois, la Valmet Finlandaise, le Galil Israélien, la
VZ-58 Tchèque, la Zastava M-76 yougoslave, l'AK74 soviétique (5.45mm) et tous ses nouveaux dérivés de la famille AK100, chambrés pour certains en 5.56 mm. Sans oublier les fusils qui reprennent
sa conception, comme les SIG suisses (qui sont de l'horlogerie fine).
La Kalash (appelons-la par son petit nom) est, qu'on le veuille ou non, une des inventions majeures du Vingtième siècle, au même titre que le lave-linge, le PC, l'automobile, l'avion et la
télévision. Tout le monde a au moins une fois entendu parler d'elle et pratiquement tout le monde, même les béotiens et ceux qui rejettent les armes, sont en mesure de la reconnaître.
Cette arme a fait le tour du monde moins rapidement que Philéas Fogg, parce qu'elle s'est arrêtée dans presque tous les pays…
Elle est aujourd'hui l'arme la plus utilisée au monde.
OÙ?
En Amérique Latine, elle arme les guérilleros de tous poils, les cartels et même encore aujourd'hui l'armée du Venezuela (qui a récemment opté pour la version AK 103 en 7.62x39mm) et de quelques
autres tout petits pays, malgré l'avènement continental de sa consoeur d'origine US, la M16/M4.
En Amérique du Nord, on la trouve dans les stands de tir, mais aussi malheureusement dans tous ce que les mégapoles comptent de gangs, de milices suprématistes et de tarés en tous genres.
En Europe, la Kalash semble voyager de pays en pays, aussi librement que le ferait un ressortissant de la Zone €uro. Elle équipe encore la plupart des armées de l'Est qui, petit à petit,
s'orientent vers des fusils plus "occidentaux". Là encore, la Kalash se retrouve hors du contrôle de ceux pour lequels elle a été conçue: les militaires. Sans pour autant la dénicher sur les
étals du marché à la truffe de Sarlat, on la trouve sous le manteau dans ce que les spécialistes appellent les "Zones Grises". Certaines zones d'Europe sont d'ailleurs plus propices que d'autres,
notamment l'Ex-Yougoslavie, l'Albanie, la Campanie (pays de la Camorra) et, cerise sur le gâteau, la "mythique" Transnistrie…
A l'échelle Européenne, l'AK 47 équipe les mouvements mafieux, les gangs et bien évidemment, certaines organisations terroristes (IRA ou ETA pour citer les plus célèbres). De temps à autre,
lorsque survient un mitraillage, un règlement de compte à l'arme d'épaule ou une attaque de fourgon blindé, le nom de Kalashnikov revient sur le devant de la scène journalistique.
En Asie, la Kalash est utilisée par... tout le monde. Elle règne en maître incontesté sur tout le Proche et le Moyen-Orient, même si là aussi, le "Black Rifle" Américain s'installe
confortablement depuis le 11 septembre. On la trouve aussi bien aux mains des militaires que celles des Talibans, des terroristes, des miliciens de tous bords et, plus surprenant, des nageurs de
combat Israéliens du Commando Yami (pragmatisme et mimétisme). L'AK et ses premiers dérivés sont partout et ceux qui s'en servent à bon ou mauvais escient profitent de l'abondance et la facilité
d'approvisionnement de cette arme, induites par la proximité de la Russie, de la Chine et de l'Iran qui en inondent littéralement la zone, aidés en cela par les transactions illégales et les
marchés parallèles.
En Extrême-Orient, on a vu ce que la Kalash pouvait donner aux mains de miliciens formés à la chinoise, lors de la guerre du Vietnam et des conflits qui vont "rougir" la péninsule du Sud-Est
Asiatique durant les années 60 à 90. La rusticité et la simplicité de l'AK font merveille dans les jungles terribles de cette région.
Enfin, en Afrique, la Kalash fait malheureusement partie du paysage… Sur continent ravagé par la guerre, certains pays vivent à son rythme. Le Mozambique en a même une sur son drapeau. Tous les
mouvements rebelles, quasiment toutes les armées, hormis quelques zones sous influences coloniales (G3 portugais, Famas Français, FAL Belge), sont équipées en Kalashnikov. Comme l'a dit un jour à
son sujet, Laurent-Désiré Kabila, le Dark Vador du Congo: "même un singe peut se servir d'une Kalash". Sans aller jusque là, c'est la simplicité du système AK et une fois encore, sa rusticité,
qui ont amenées à cette arme sa place en Afrique. L'exemple le plus triste et le plus probant reste celui des enfants-soldats, si nombreux en Afrique, qui eux aussi, partent sur les sentiers de
la guerre une AK à la main.
N'importe qui, pour peu qu'on lui montre quelques minutes, est capable d'utiliser et de démonter une Kalash. C'est, entre autres, ce qui la rend aussi populaire que dangereuse.
COMMENT?
Pas besoin de vous faire un dessin. Si l'AK 47 reste aussi populaire 60 ans après sa création et si, approximativement, il s'en est fabriqué entre 80 et 100 millions d'exemplaires en ce
laps de temps, c'est qu'il y a une recette au succès, qui ne se démentira jamais.
La Kalashnikov fonctionne. Point Barre.
Fiabilité: Elle marche partout et tout le temps, dans tous les milieux et même, comme l'a écrit John Geddes "si vous la remplissez de sable et
oubliez votre chiffon à l'intérieur".
Ce n'est pas exagéré. Une vidéo Youtube montre un test réalisé pour Blackwater. La culasse d'un AK 74 (donnée pour être encore plus fiable) est remplie de terre; l'arme continue de tirer. Une
autre vidéo montre un autre gars jetant sa Kalash sans ménagement et plusieurs fois, pour un résultat identique.
Elle a fait ses preuves plus qu'il ne faut dans les coins les plus moisis de la planète et jamais personne n'a eu à s'en plaindre, hormis ceux vers qui elle était braquée…
La boue, la pluie, le sable, la crasse et la connerie (semble-t-il) ne vienne pas à bout d'une Kalash en conditions opérationnelles.
Elle est conçue de manière simple, avec peu de pièces, pour une utilisation par un conscrit à peine sorti de l'œuf. A l'époque Soviétique, un soldat connaissait les fondamentaux de son fusil en
quelques minutes.
Les raisons de son succès sont tout aussi simples: un canon chromé qui ne nécessite presque aucun entretien. Un jeu entre les pièces qui autorise ce qui n'est autorisé à aucune autre arme de la
même gamme. Sa solidité et sa rusticité sont exemplaires, au détriment du confort, de la flexibilité, et, surtout de la précision.
Solidité: un soldat sera mort vingt fois avant que sa Kalash ne cède. Les raisons: du bois et du métal usiné. Un jeu entre les pièces plus
important qui permet de supporter les contraintes du terrain au cours d'un combat.
Rusticité: lorsque j'emploie ce terme, je veux bien sûr parler de sa facilité d'entretien légendaire qui lui permet de toujours faire feu, dans
les mains de n'importe qui. Sans trop exagérer, la Kalash, c'est un culasse, un ressort, un couvercle et un chargeur et… en avant Guingamp! Ca tire et, pour peu qu'on oublie de la décrasser
pendant plusieurs semaines, ça tire quand même.
Confort: ne vous fiez pas aux dernières versions "fashion" de la kalash, avec 2 kilos de Rails Picatinny et crosse en ronce de noyer. L'AK n'a pas
été conçu à une époque où l'esthétique préoccupait beaucoup les armuriers. Dois-je insister sur le fait qu'elle a été conçu dans l'optique d'une guerre de conscription massive, dans un contexte
probable de volume de feu démesuré, donc, à des années-lumière du confort individuel du soldat, ce qui est le cas aujourd'hui. De surcroît, la vie du fantassin en URSS n'avait pas le même coût
qu'aujourd'hui…en occident.
Voilà pourquoi, dans ce contexte, on n'allait pas s'embarrasser à bichonner l'épaule du soldat. La Kalash, c'est une crosse virile en bois brut, avec une plaque de crosse tout métal (ou des
crosses "squelettes" rabattables terrifiantes et qui portent bien leur surnom). Le recul engendré par une mignonne 7.62x39, quand il est "amorti" par du métal, occasionne à coup sûr un joli
hématome à l'épaule du tireur. Voilà comment, notamment dans les opérations de contre-insurrection (Tchétchénie, Irak), on déniche un tireur qui croyait se fondre parmi les civils…
L'arme n'a pas non plus de lignes très ergonomiques, car elle n'est pas destinée, à la base, aux opérations spéciales, mais bel et bien au combat mécanisé-débarqué intense et rapide (à la
Soviétique), ce qui explique qu'elle n'est pas spécialement agréable à transporter, à empoigner et à épauler.
Flexibilité: l'AK est un peu l'antithèse de la flexibilité. Sa conception aussi classique que standard, ce qui l'empêche de vraiment évoluer,
comme l'a fait la M16 depuis 40 ans. C'est très certainement aussi une conséquence du manque de flexibilité des politiques militaires Soviétiques, pas vraiment tournées vers les requêtes
individuelles (c'est un doux euphémisme…) des combattants. L'arme est demeurée inchangée depuis 60 ans, ce qui ne nuit en rien à son efficacité brute. Pourtant, quelques aménagements raisonnés
(sans tomber dans l'excès des fusils type SA58 Entry Carbine ou M14 EBR) pourraient en améliorer le confort d'utilisation, la prise en main et la précision. Si on commence à voir des Kalashs
"customisées", les lignes même de l'arme sont un frein à ce genre d'aménagements.
La précision: c'est LA faiblesse légendaire de la Kalash, avec le bruit caractéristique qu'elle produit lorsqu'on manipule le levier d'armement.
On reproche à l'AK de manquer de précision au-delà de 250m, ce qui est effectivement un problème aujourd'hui pour un fusil d'assaut.
Etait-ce un problème dans les années 50, lorsqu'on était supposé l'utiliser en rafales (voir l'emplacement du sélecteur de tir), dans des manœuvres massives, et je le rappelle, dans un volume de
feu démesuré comme celui de l'Armée Rouge? Je ne pense pas.
A l'époque, on sautait de l'arrière du char, on fonçait, on avançait en rafalant des balles puissantes et on comptait sur ce volume de feu et sur le nombre pour écraser l'ennemi (en droite ligne
de la Seconde Guerre Mondiale).
Aujourd'hui, la Kalash se bat encore, mais loin, très loin de ce contexte.
Désormais, on parle précision, contrôle, et pas volume de feu. C'est l'époque des NTTC, des TAI et du Double Tap. Tout le monde, ou presque, doit "one shot-one kill".
Peut-on envisager ce genre d'usage avec une kalash? Pas vraiment. Sauf entraînement intensif. Mais, dans ce rôle, il y a mieux que l'AK, et plus adapté.
Les procédures de tir récentes et les cahiers des charges des fusils d'assaut préconisent une précision toujours plus grande. Un fantassin doit pouvoir toucher une cible à 600m, voire plus.
Ainsi, dans cette optique, les armes sont de parfaits petits bijoux de mécanique fine, qui vont merdouiller dès qu'ils auront la tête dans le sable ou qu'une chute trop violente les aura secoués.
Pendant ce temps, la Kalash continuera de cracher ses dragées.
Dans l'Armée Rouge de l'époque, il y avait le fantassin avec l'AK, pour couvrir les 0-300m. Le tireur au SVD Dragunov (7.62x54mm) couvrait les 300-800m. La mitrailleuse PKM (calibre identique au
SVD) se chargeait de l'appui jusqu'aux 800m/1000m. Pour tout ce qui se trouvait au-delà, il y avait l'artillerie lourde.
Cette manœuvre nous paraît primitive et pour cause, elle l'est, aujourd'hui.
Les soldats soviétiques n'ont jamais eu à se plaindre de leur arme; ni de sa solidité, encore moins de sa fiabilité. Le nombre, le volume et la puissance de feu compensaient ce manque relatif de
précision, qui n'est vraiment visible que dans le contexte guerrier actuel.
Ce manque de précision est dû au jeu entre les pièces et à la cartouche elle-même, la M43, de 7.62x39mm. Cette cartouche est redoutée (à juste titre) pour sa puissance d'arrêt et son pouvoir
perforant. Le choc hydrostatique engendré par cette balle suffit parfois à entraîner la mort, alors même que la blessure est "gérable". L'ogive, qui est très solide, pénètre droit dans les tissus
et peut en ressortir de la même manière, contrairement à la vicieuse 5.45x39mm, qui est conçue pour blesser salement en virevoltant dans les chairs (ogive à tête vide).
La balle M43 étant lourde et moins "bondissante", elle est donc plus lente et chute de manière conséquente, passés les 200-250m, ce qui entraîne bien sûr, une baisse importante de sa précision.
Néanmoins, une balle de Kalash reste une terrible épreuve à affronter, et peu d'obstacles courants, hormis un réel blindage et quelques gilets pare-balles, peuvent prétendre relever ce défi.
La Kalash dans les mains des experts de la guerre.
Les Forces Spéciales emploient bien entendu l'AK 47 et ses dérivés.
Les premiers à l'avoir fait sont très certainement les Spetsnaz de l'ex-URSS. L'AK fut pour eux ce que la M16 fut pour les FS occidentales: l'outil de travail. Il est intéressant de souligner
l'emploi dans ces sphères spéciales Russes de l'AK74SU, cette kalash raccourcie, destinée tout d'abord aux équipages de blindés. Ce fusil d'assaut court a notamment été employé au cours de la
guerre en Afghanistan (1979-88) et est devenu une arme très prisée par les Moudjahiddins, surtout comme trophée. L'arme n'est cependant pas un modèle du genre et accuse les mêmes défauts que
l'Autre fusil d'assaut court de l'époque, le XM-177 américain: une signature sonore et visuelle trop importante, une perte de la portée et de la puissance d'arrêt et un encrassement problématique
de l'arme dû au raccourcissement excessif du canon.
Au cours des années 60, les FS américaines, les Béréts Verts, les commandos spéciaux des MACVSOG et les Long Range Recce Patrols au Vietnam ont utilisés la kalash, pour sa fiabilité et par
mimétisme. En effet, infiltrés en territoire ennemi, équipés comme lui, ils étaient susceptibles d'infliger des pertes sévères aux VC lors de contacts surprise, l'initiative jouant en faveur des
commandos US. Ils avaient, en outre, beaucoup moins de problèmes pour se ravitailler en munitions. Ces tactiques ont fait des petits depuis…
En Afrique, des années 60 à 80, il est fort probable que les SAS Rhodésiens et les Selous Scouts aient utilisé occasionnellement l'AK, vu la prédominance de cette arme chez l'ennemi. Mais sur ce
théâtre d'opérations, le FN FAL régnait en maître, certes moins rustique mais bien plus précis et de portée supérieure (7.62x51mm).
Au Proche-Orient, il n'est donc point fait de secret sur l'emploi de l'AK par les certaines FS Israéliennes, notamment les nageurs de combat. Très probablement, les unités clandestines de type
Egoz ou Shimshon sont elles aussi plus que rompues à l'usage de cette arme.
Enfin, plus près de nous, en Afghanistan depuis 2001 et en Irak peu après, il est arrivé que les journalistes photographient des FS occidentales armées de Kalash (AKM, AIM, AK 47 et 74). Pour les
mêmes raisons que leurs aînés au Vietnam, les FS du 21ème siècle continuent d'employer cette arme, alors même qu'ils possèdent de véritables plateformes de tir suréquipées. Mais le
théâtre afghan est exigeant et, contrairement à la capricieuse M4, l'AK supporte tout, surtout la poussière. Elle tire moins loin, moins vite, moins bien, mais elle tire quoi qu'il arrive.
Tous les soldats dits "spéciaux" s'entraînent au maniement de la Kalashnikov, pour s'y familiariser, parce qu'ils auront un jour ou l'autre à faire des missions de Mentoring. Evidemment, ils
apprennent aussi à la connaître par cœur, comme un prolongement de leur bras, pour que, le jour où ils se retrouveront en rade avec leur fusil au fin fond d'un coin pourri infesté d'ennemis, ils
puissent continuer à se battre.
Et dans les mains des Forces Spéciales, la Kalash regagne ses lettres de noblesse car bien malin alors qui peut dire qu'elle manque de précision...
La Kalashnikov restera en service encore quelques décennies et elle passera sans problème le siècle d'utilisation, comme la mitrailleuse FN Browning .50 ou le Colt 1911 .45.
Tant qu'il y aura des munitions en circulation, on continuera à l'employer. Et quand il n'y en aura plus, on en fabriquera encore, dans ces ateliers clandestins comme on trouve en Afghanistan, au
Kurdistan ou en Amérique du Sud. L'arme du pauvre bien son nom. Elle coûte une misère à fabriquer, à entretenir, à alimenter et il en est de même bien souvent, malheureusement, pour le gars qui
l'utilise.
Ce fusil d'assaut a changé la donne dans bien des coins du monde et, hormis la Guerre des Malouines, a connu tous les conflits qui ont ensanglantés la seconde moitié du Vingtième siècle et le
début du Vingt-et-unième…
La Kalash est l'arme légère qui a fait le plus de victimes. Elle est aussi devenue un symbole de révolte, d'insurrection et plus tard, de terrorisme. C'est la raison pour laquelle, hormis
quelques "spécialistes", qu'elle n'a pas les faveurs de l'Occident, car elle incarne à elle seule tout le panel des menaces qui pèsent sur lui.
LE PORTE-CHARGEURS Chicom
Le nom "Chicom" pourrait, pour le béotien, évoquer irrémédiablement une marque de gomme à mâcher, les fameux Hollywood Chicom (j'avais envie de la faire, celle-là, désolé).
Pour les avertis, en revanche, Chicom évoque sans doute aucun les productions militaires du gouvernements chinois.
A l'instar de Government Issue (GI') qui identifie les soldats de l'armée US, Chicom est une contraction du terme Chinese Communist; en gros, tout le matériel labellisé "Gouvernement Communiste Chinois".
Du Chicom, en veux-tu en voilà…
Qui n'a jamais vu un soldat ou un milicien avec un porte-chargeurs Chicom sur la poitrine?
Il suffit de regarder le journal télé ou de feuilleter un magazine lorsqu'il se qui traite d'un conflit de basse ou moyenne intensité, pour que le Chicom apparaissent sur le buste d'un
combattant: milicien du Hezbollah, soldat Vietcong, conscrit Soviétique ou Chinois, rebelle africain, régulier irakien, et même, pour les amateurs, opérateurs de la Delta Force US en Afghanistan…
Le porte-chargeurs Chicom est partout chez lui, même s'il a vu le jour en Chine, au milieu des années 5O, pour accompagner la naissance de la version chinoise de l'AK 47, le
"Pistolet-mitrailleur" (eh oui) type 56.
Qui est Chicom?
Cette pièce d'équipement est d'une simplicité et d'une robustesse exemplaire, même si son emport est aujourd'hui réellement limité. Au même titre exactement que la Kalash, il ne convient pas aux
procédures du combat moderne en milieu urbain (très consommateur de munitions), mais continue de servir avec la même constance ses utilisateurs.
Né à une époque où les froufrous fashion n'existaient pas, surtout en matière d'équipement d'infanterie, le Chicom est conçu on ne peut plus simplement, dans une forte toile de coton, ce qui le
rend increvable et virtuellement indestructible.
L'ensemble se compose d'une large pièce de toile vert olive, sur laquelle sont cousues trois poches principales pour chargeurs et quatre petites poches secondaires, toutes fermées par ces fameux
boutons en bois en forme d'amande, typiques du Chicom, qui le rendent unique et identifiable au premier coup d'œil.
Le Chicom se porte un peu moins haut que les porte-chargeurs traditionnels, comme le PLCE britannique, plutôt sur le ventre que sur la poitrine. Bien ajusté par des bretelles croisées dans le
dos, il reste confortable et surtout, fixe. Au verso, il n'a bien sûr aucun aménagement en filet pour réguler la transpiration du soldat, ni aucune mousse de confort. C'est du "made in China
années 50", ne l'oublions pas!
LA TOILE: c'est bien du coton fort que nous avons là, a priori insensible à l'usure et aux déchirures. Si le corps du Chicom est souple, il n'en est pas de même pour les poches, qui sont plus
rigides.
LES POCHES A CHARGEURS: il y en a trois, conçues pour accueillir autant de chargeurs courbes de 30 cartouches des fusils AK.
On ne peut pas rentrer deux chargeurs par poches, mais celui qui y rentre y trouve un vrai écrin taillé sur mesure. Une fois en place, le chargeur ne bouge plus et le rabat boutonné achève de le
maintenir fermement. De toutes manières, la rigidité et la forme d'origine de ces poches empêchent de perdre un chargeur au combat.
LES POCHES SECONDAIRES: au nombre de 4, elles se divisent en deux types légèrement différents. Jouxtant les poches à chargeurs, il y a les poches à grenades. Une de chaque côté du buste. Fermées
de manière similaire.
A l'extérieur, juste après les poches à grenades et de chaque côté, se trouvent deux poches utilitaires, légèrement plus petites que celles à grenades, mais doublées de caoutchouc (à l'origine)
ou de nylon enduit. Ces poches sont aussi prévues pour accueillir les burettes d'huile pour arme et sont enduites afin de limiter les dégâts d'une fuite éventuelle.
Comme on peut le constater, le Chicom est aussi simple que l'usage pour lequel il a été conçu: monter à l'assaut après avoir débarqué.
Trois chargeurs (90 cartouches) et deux grenades, c'est peu. Certes, mais lorsqu'on est aussi nombreux que les conscrits chinois ou russes, c'est suffisant.
Chinois à l'origine, il a ensuite été adopté par les soviétiques sur le terrain, probablement après quelques RETEX en provenance du Vietnam. Dès lors et jusqu'en Afghanistan, les soldats russes
ont combattu avec un Chicom sur leur buste; progressivement, l'industrie soviétique s'est résolue à fournir à ses soldats des équipements adaptés et surtout, plus "nationaux".
LES RAISONS D'UN SUCCES
Les raisons de la popularité et de la large diffusion du Chicom sont simples: ce sont les mêmes que celles de l'AK 47. Fiabilité, simplicité et solidité.
Il ne bouge pas, ne trahit pas et est silencieux (pas de velcros, pas de boucles Fastex sur les poches). Sa couleur et sa coupe le rendent passe-partout, ce qui est utile pour des agents opérants
en Low-Profile. Masqué par une veste, on peut l'embarquer pour une opé de courte durée où un volume de feu conséquent est préconisé. Il est plat et bien moins encombrant qu'un chest-rig ou un
webbing classique. Moins occidental, aussi. C'est la raison pour laquelle il continue d'être employé par certains soldats spéciaux.
Certes, il n'est pas très confortable, boit la sueur au lieu de la drainer, mais résiste sans aucun doute aux rigueurs extrêmes du combat sous toutes latitudes, de la jungle Viet aux montagnes
Afghanes.
Enfin, et c'est une des raisons de sa diffusion intercontinentale, il coûte une misère à produire, ce qui arrange tous ceux qui l'utilisent, surtout dans les conflits du Tiers-Monde.
Peu cher, pratique sans verser dans le superflu, solide, parfaitement adapté à l'usage qu'on en fait. Ca ne vous rappelle rien?
C'est ainsi que le Chicom s'est immédiatement imposé comme le pendant indissociable de la Kalashnikov. Ce couple légendaire est à la guerre moderne ce que le carquois et l'arc furent aux guerres
du passé.
Lentement, les arsenaux évoluent et des armes très pointues et modulables prennent le pas sur les valeurs sûres du passé, telles que la Kalash. Le jour où l'AK et le Chicom disparaîtront du
paysage guerrier, cela trahira un profond changement technologique et un chapitre de la grande histoire des armes sera définitivement tourné. Nous assistons actuellement au même phénomène produit
par l'apparition de l'arquebuse dans un monde alors dominé par l'épée.
Texte et photos: LE PHASME. 16 mars 2010
Hugo, ne nous emportons pas.
Un opérateur des FS sait pertinemment si l'emport de son gilet convient ou pas pour son job du moment. C'est de la jugeotte personnelle, que certains n'ont pas pourtant pas eu lors de l'affaire du BlackHawk Down à Mogadiscio, en 93.
Il est vrai que le Chicom ne permet qu'un emploi de 90 cartouches. Tout dépend du type de mission. Ce n'est pas assez pour une mission de combat classique, mais pour de l'escorte ou le risque est faible à moyen, cela peut convenir, d'autant plus s'il ne faut pas se déguiser en sapin de Noel façon US marines en rut et rester low profile pour ne pas provoquer le citoyen lambda. Le chicom est plat et peut ainsi facilement se cacher sous un blouson, même léger.
Après, convenons-en, un pick-up 4x4 occupé par 4 delta force équipés chacun de 90 cartouches avec 1 ou 2 chargeurs supplémentaires dans les poches, comme on a pu le voir sur certaines photos des débuts de l'opé Enduring Freedom, ça reste un véhicule occupé par 4 tireurs d'élite potentiels armés de fusils en 7.62, qui possèdent chacun environ une centaine de prunes...
VOILA, MONSIEUR HUGO.
Un FS est par définition un grand garçon qui ira faire ce qu'il a à faire avec ce qu'il doit emporter...
je réitère donc ma question...
est ce que 3 chargeurs sont suffisants pour les FS qui utilisent le chicom en low-profile ? a ton déja vu une modification de leur part sur ce porte-chargeurs ?
merci Bob. En effet, il convient de reconnâître que le MP44 allemand est l'inspirateur de l'AK47, mais n'oublions pas que les russes ont avant l'AK réalisé des armes, notamment le PPSh41 qui étaient redoutables. Après, peut-être se sont-ils inspirés du MP40... Je ne sais pas.
Par contre, la munition dont tu parles est la 6.8. Redoutable. Le compromis logique que beaucoup attendaient; sauf peut-être ceux qui vont en bouffer...
Est-ce qu'on ne doit pas plus attribuer les mérites l'AK 47 aux Allemands plutôt qu'aux Russes ? On sait bien que l'AK est directement inspiré du fameux Sturmgewehr, et paraît-il en version simplifiée du point de vue mécanique, cette simplification étant sans doute la véritable innovation apportée par les soviétiques. Cela n'enlève évidemment aucun mérite à la Kalachnikov : j'ai vu le résultat de l'impact d'une balle de 7.62 sur une plaque d'acier très solide d'environ 12mm... A 5 m de distance, la plaque était quasi transpercée, le métal avait fondu autour de l'impact, formant un bien joli cratère.
De toute évidence, il valait mieux ne pas être entre la plaque et la balle...
Alors du coup, ma préférence va tout droit vers le AK, surtout que les spécialistes s'entendent pour dire que les guerres à venir seront à dominante urbaine (je sais, c'est pas une nouveauté !:)). Dans cette optique, pas mal de problèmes sont réglés : les distances d'engagement sont courtes, la puissance de la cartouche permet de traverser pas mal de matériaux... Que demander de mieux ?
Reste la précision : la puissance de la cartouche 7.62 fait qu'en sortie de bouche le canon se tord momentanément, et les balles dévient. Mais une firme américaine a testé pour des forces spéciales US un calibre 6.6 ou 6.7, je ne sais plus exactement, qui est un compromis entre le 5.56 et le 7.62. Résultat, on obtient une force d'impact sur cible comparable au 7.62, et en même temps une précision accrue identique au M4. En bref, chaque balle touche et renverse la cible, ce qui est impossible avec le 5.56 (la cible reste sur pieds), et nécessite de tirer un certain nombre de cartouches côté 7.62 avant de réussir -enfin- à toucher la target, d'où gaspillage de munitions.
Il semble donc que des améliorations légères mais notables puissent être apportées : recalibrage en 6.6, intégration d'un système d'amortissement du recul dans la crosse et modification légère des mécanismes internes, deux critères déjà pris en compte chez le SVD, me semble-t-il ; enfin, côté légèreté, intégration de matériaux sophistiqués comme le plastique, et c'est sans doute là que le bât blaisse : l'Ak en 7.62 avec bois et métal est tellement répandu à travers le monde et aisé à reproduire vu ses matériaux de fabrication, que revoir toute la production coûterait trop cher. C'est pareil pour la nouvelle munition russe actuelle, proche des standards OTAN, qui n'a pas rencontré un grand succès, tandis que les troupes spéciales en Afghanistan paraissent réclamer des calibres plus puissants : comme le dit très bien le Phasme, le 7.62 est là pour très longtemps encore... Au passage, merci pour l'article et le temps passé dessus, c'est toujours un plaisir de te lire !
il me tarde de connaitre la réponse mais je patienterais !
patience, petit Scarabée; si je me souviens bien, j'en parle dans le dernier chapitre. C'est une bonne question, toutefois.
je reviens sur le chicom,3 chargeurs sont suffisant quand on sait que les appelés soviétiques sont nombreux...d'accord mais quand est t'il de ceux qui l'utilisent pour paraitre low-profile ou plus "régionale" ?
Et il est aussi question de terrain, de distances d'engagements. Notamment en Afghanistan, où l'on peut apercevoir les forces spéciales Françaises avec du SIg en 7.62 (si mes souvenirs sont bons) et surtout, du G3.
Le FN FAL est, comme tout produit de la FN, une arme de grande qualité, très fiable, mais son problème reste son encombrement et son poids. Son calibre, en revanche, est supérieur en tout à la M43 russe. Le FAL est bien plus précis et convient à des terrains ouverts comme le bush africain où il a fait ses preuves.
La kalash, elle, marche de partout et reste donc toujours plus dangereuse, car elle fonctionne quoi qu'il arrive, où qu'on se trouve.
Bel article !
L' arme enblematique de la guerilla, de l'opposition occident/orient, du rustique au tout technologique ... Un calibre bien plus efficace sur les cibles molles que le 5.56 nato, et tellement plus facile à trouver en réaprovisionnement en Afrique ou en Stan, que ce sera, d'en un futur relativement proche, un nouveau standard de dotation.
Genuine hairy chicom, quand tu nous tiens!
est celle produite sous l'Allemagne de L'est.
Que l'on retrouvera distribuer en Lybie (par cargo)
on la retrouveras ensuite en Irlande du Nord et au Liban .
Dans la même veine si on peut dire, (le calibre)
on trouvera en Afrique pas mal de SKS et de type 63 .
Sks que l'on a d'abords vu en Asie du Sud Est au coté de la RPD.
Certaines seront ramener au USA, puis une partie finiras dans les mains de l'IRA .