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Jean-Jacques Cécile est un journaliste indépendant spécialisé, entre autres, dans le domaine des opérations spéciales. Un milieu qu’il connaît bien puisqu’il a été membre des équipes de recherche aéroportée du 13e RDP avant de poursuivre sa carrière militaire dans le renseignement. Il vient nous parler aujourd’hui de son prochain ouvrage Histoire secrète des SAS à paraître en septembre 2009 aux éditions Nouveau Monde.


SAS12 : Qu’est-ce qui dans votre jeunesse vous a poussé vers le métier militaire ?

Jean-jacques Cécile : Je suis d’origine bretonne. J’ai, durant des années, travaillé pendant l’été dans une crêperie dont le patron avait une bibliothèque d’ouvrages militaires très fournie et il me permettait d’y puiser à ma guise, voire même, de temps en temps, d’oublier de lui rendre certains livres empruntés. Toute mon adolescence a été bercée des pages écrites par Paul Bonnecarrère, Jean Lartéguy et beaucoup d’autres encore. Plus tard, j’ai été poursuivi par les études sans vraiment qu’elles ne parviennent à me rattraper. Elles m’ont au moins permis de constater que je n’étais pas fait pour rester cinq jours par semaine dans un bureau. Je les ai interrompues brutalement pour partir au service militaire que j’ai effectué comme aspirant. J’y ai découvert une vie qui me convenait. Plus tard, mes fonctions à Dieuze m’ont révélé ce qu’était le renseignement, je suis, comme Obélix, tombé dans la marmite, cela a été une découverte qui s’est rapidement muée en passion. Aujourd’hui, dans mes activités quotidiennes en tant que journaliste, je considère avant tout faire un travail de renseignement sur sources ouvertes. J’essaie de le faire avec cette rigueur apprise dans le milieu du renseignement militaire.


SAS12 :
 
Je ne vais pas vous demander de parler de votre travail au sein du « 13 » car le sujet est bien entendu sensible mais je ne résiste pas à l’envie de vous demander de partager avec nous une anecdote de type feu de camp.

Jean-jacques Cécile : Mes activités au sein du 13e RDP ne sont pas aussi sensibles que cela ; j’ai quitté Dieuze en 1985 et c’était il y a fort longtemps. Depuis, beaucoup d’eau a passé sous les ponts et les langues se sont déliées. Certes, on ne prête qu’aux riches et nombre d’affabulations circulent au sujet du Régiment. J’ai ainsi au la surprise de lire dans un ouvrage consacré aux forces spéciales et publié récemment (par décence, je tairai le nom de l’auteur…) que le 13 avait opéré clandestinement en Tchécoslovaquie et en Hongrie pendant la Guerre Froide. A ma connaissance, et j’ai la prétention d’être bien informé sur le sujet, il n’en est rien. Même le contexte des activités menées par les gens de Dieuze en Allemagne de l’Est est désormais très bien connu ; il a été exposé en détail dans l’ouvrage de Roland Pietrini intitulé Vostok : il n’y a rien de très clandestin là-dedans. Quant aux tactiques, techniques et procédures alors mises en œuvre par les équipes de recherche, elles-aussi ont été exposée en long, en large et en travers dans différents ouvrages, en particulier dans celui du général Robert Gaget intitulé Au-delà du possible – Recherche du renseignement en régions hostiles. Les équipiers sont certes beaucoup plus discrets en ce qui concerne leurs opérations actuelles et on ne peut que s’en réjouir. Car n’oublions pas que lorsqu’ils se retrouvent en zone contrôlée par l’ennemi, la discrétion est leur seule véritable garantie de survie. Même si, parfois, la conception du secret à la française peut prêter à sourire. Et ce sera justement le thème de mon anecdote « feu de camp ».

En tant que jeune sous-officier au 13e RDP, j’ai été amené à faire un séjour de quatre mois en Allemagne de l’Est sous couvert d’appartenance à la Mission militaire de liaison près du Haut commandement soviétique en Allemagne, c’est précisément le thème de l’ouvrage Vostok. Je résidais dans une villa située en zone Est, à Potsdam, villa fournie par les Allemands de l’Est et qui était, disait-on, truffée en micros. En conséquence et pour des raisons de sûreté, il m’était bien entendu strictement interdit de lâcher dans la conversation que j’appartenais au 13. Cependant, l’établissement du Propousk, la carte délivrée par les Soviétiques, exigeait de donner au KGB notre véritable identité accompagnée de huit photos en uniforme. De même, les missions étaient effectuées en uniforme avec béret rouge et insigne de grade blanc (la cavalerie) ; l’insigne d’unité était celui de la MMFL. Se taire : précaution bien aléatoire car les services de renseignement soviétiques savaient très bien que dans l’armée française, il n’y avait que deux unités de l’Arme Blindée-Cavalerie à avoir à la fois le béret rouge et les insignes de grade blancs : le 13 et le 1er Régiment de hussards parachutistes. Particularité : les hommes du 1er RHP portent en plus, sous l’insigne de béret, un liseré que nous ne portons pas au Régiment. Les tchékistes n’avaient donc pas besoin de mes éventuelles indiscrétions pour savoir que je venais de Lorraine. Est-ce un hasard si, à peu près à la même époque, un espion d’un « service » des pays de l’Est a été surpris en train de prendre systématiquement en photo tous les paras sortant du quartier à Dieuze ?


SAS12 : 
Votre prochain livre traite du Special Air Service, pourquoi écrire un second ouvrage sur le sujet ?

Jean-jacques Cécile : Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, mon premier ouvrage date de 1997 ; pour un livre documentaire, c’est l’âge de l’obsolescence, d’autant plus que depuis, il y a eu le 11 septembre 2001 et tout ce qui s’ensuit. Il était donc urgent de revenir sur le sujet pour une sérieuse actualisation des connaissances. Ensuite, le temps passant, j’étais de plus en plus dubitatif quant à la qualité de mon premier ouvrage. Sur le fond, j’avais fait de nombreuses erreurs dont je m’étais aperçu en continuant à m’intéresser à l’histoire du Special Air Service. Sur la forme, il m’avait été reproché d’avoir été trop complaisant envers l’unité britannique. J’ai essayé, dans le livre à sortir en septembre, de recentrer le ton. J’y suis notamment beaucoup plus critique sur les opérations aux Malouines. Enfin, le temps passant, nombreux sont les documents publiés qui permettent de revenir plus en détail sur le Special Air Service et notamment sur son histoire. Il y avait là matière à écrire.


SAS12 :
Comment se compose Histoire secrète des SAS, est-ce un recueil historique d’opérations peu connues, une étude des missions spéciales britanniques, l’actualité du Régiment ?

Jean-jacques Cécile : Je ne dispose que de peu de contacts britanniques acquis d’une manière que j’expose en introduction de mon nouvel ouvrage, et ceux-ci ont fréquenté le SAS il y a très longtemps, leurs souvenirs datent un peu. J’ai donc rédigé mon livre à partir de sources ouvertes. C’est toujours ainsi que je procède et c’est une critique que l’on me fait couramment. Je me souviens par exemple d’une recension faite dans un grand hebdomadaire national, par ailleurs plutôt flatteuse, dans laquelle un journaliste connu, s’agissant de mon avant-dernier ouvrage intitulé Les chiens de guerre de l’Amérique, relevait que je n’avais manifestement pas eu accès à des sources originales. Il avait raison et c’est également vrai à peu de choses près s’agissant de ce deuxième opus sur le Special Air Service. Mais je revendique en revanche que l’on me reconnaisse de m’être livré à une exploitation véritablement extensive des sources ouvertes existantes et notamment des ouvrages anglo-saxons sur la question. Qui, en France, a par exemple lu in extenso l’ouvrage intitulé Churchill’s Underground Army qui, entre autres, expose les liens entre d’une part le SAS et d’autre part ces réseaux de résistance ultrasecrets créés en Grande-Bretagne même sur ordre express de Churchill afin de contrer une éventuelle invasion allemande du territoire national ? Qui a de la même manière lu l’ouvrage The Story of the Lovat Scouts qui permet de comprendre à quelles influences a été soumis David Stirling, le fondateur du SAS, alors qu’il n’était qu’un adolescent écossais ? Plus qu’un journaliste, je suis un analyste qui travaille au fin fond de sa campagne, oublié qu’il est d’une intelligentsia puisant ses sources « originales » dans les salons parisiens où l’on discute entre gens comme il faut une coupe de Champagne à la main. Cette situation comporte des inconvénients mais également des avantages. Au rang de ceux-ci, beaucoup de temps pour lire beaucoup, et pas seulement les ouvrages que l’on trouve à la librairie du coin. C’est une autre manière de concevoir le journalisme, empreinte de rigueur et de patience, loin de la tyrannie du « temps-média » qui réclame une réaction ultra-rapide aux événements. Je ne sais pas, je ne veux pas écrire un livre en urgence sous prétexte de faire un coup médiatique. Au final, mon nouvel ouvrage dresse une fresque la plus complète possible de l’histoire du Régiment jusqu’aux dernières opérations connues tant en Afghanistan qu’en Irak. J’ai en revanche fait quelques impasses, notamment en ce qui concerne le processus de sélection/instruction. Cela me sera sûrement reproché mais était-ce vraiment indispensable de revenir là-dessus alors que tant d’encre a déjà coulé sur le sujet ? N’était-il pas plus intéressant de développer des aspects moins connus de l’unité d’élite britannique ? Quoi qu’il en soit, c’est un choix que j’assume pleinement.


SAS12 :
Nous parlons régulièrement dans ce blog des rapports avec les sociétés militaires privées, vous avez d’ailleurs consacré un livre à cette question. Mais quels sont selon vous les changements majeurs opérés au sein du Régiment depuis ces dix dernières années ?

Jean-jacques Cécile : Je ne crois pas qu’il soit approprié d’évoquer des « changements majeurs ». Le Special Air Service et plus particulièrement sa composante d’active le 22nd Special Air Service Regiment est une formation qui, c’est un constat que l’on peut du reste étendre à toutes les unités de forces spéciales au monde, est en évolution constante. Evolution constante des structures, des matériels mais aussi des tactiques, techniques et procédures. S’il fallait cependant absolument distinguer une tendance, mon choix se porterait sur l’accélération des développements technologiques. Drones sans cesse plus petits et discrets, balles tirés par les snipers qui seront bientôt guidées vers leur cible, équipements permettant d’être sans cesse plus furtif dans l’action, etc. composent un monde militaire en perpétuelle mutation dont les opérateurs spéciaux doivent maîtriser toutes les facettes sans cesse plus vite sans pour autant sacrifier leur rusticité. Souvenons-nous que disposer de capacités technologiques avancées en appui direct des forces est une des principales raisons ayant motivé la création du commando Kieffer. Là est à mon sens l’un des défis majeurs, sinon le principal, que doivent relever les forces spéciales en général et le SAS en particulier.

Ven 10 jui 2009 31 commentaires
Un scoop ! Bravo MENATOR !
"Le renseignement est le nerf de la guerre. L'argent c'est juste un des moyens pour la faire"
Pousse-cailloux - le 10/07/2009 à 06h56
Le Renseignement "c'est le plus vieux métier du monde". Vous souriez vous pensez à autre chose? Je vous répond : pour aller là où vous pensez il fallait avoir connaissance de l'adresse.......
C'est de qui?
Athos - le 10/07/2009 à 07h44
Un vrai scoop ! Tf1 n'a plus qu'à se cacher...
Bob French - le 10/07/2009 à 12h47

il est breton !
Qui sait, peut-etre que moi aussi je m'orienterai vers les dragons paras plus tard ?
par contre, je suis nul en crepe, dommage!

hugo - le 10/07/2009 à 18h04
well done, Skippy!! Hâte de lire le livre!!
le phasme - le 10/07/2009 à 19h17
Belle interview.

Vivement que le livre sorte
Romain - le 10/07/2009 à 20h21
Suite à l'anecdote "feu de camp" et pour être tout à fait exhaustif, je précise que, hormis l'Arme Blindée-Cavalerie, il existait une autre unité dans l'armée de Terre qui, pour les sous-officiers et les officiers, réunissait à l'époque le port du béret rouge et des insignes de grade blancs : le Régiment de livraison par air rattaché à l'arme du Train et qui était basé près de Metz. Je crois savoir qu'aujourd'hui, il s'agit du 1er Régiment du train parachutiste (à vérifier).
Jean-Jacques Cécile - le 11/07/2009 à 07h58
Pourquoi deviez vous porter votre vraie tenue "officielle"? Je pensais que porter des galons or et un beret bleu aurait pu etre plus discret? Politique? Merci Paris!
C'est pourtant aujourd'hui une habitude des équipiers de Dieuze de se fondre dans une autre unité "par discrétion".
Athos - le 11/07/2009 à 10h08
Je ne connais pas le pourquoi du comment. Je sais simplement que c'était quelque chose qui nous était imposé par le commandement. Et il ne nous serait pas venu à l'idée de contester cet ordre de quelque manière que ce soit. Bien que plongée en plein dans le grand bain diplomatique, la MMFL était formée de militaires, donc de gens censés mettre le petit doigt sur la couture du pantalon au moindre haussement de sourcil des diplomates. Cela est si vrai que lorsque l'adjudant-chef Mariotti fut assassiné dans le cadre d'une opération conjointe de la NVA et de la Stasi avec l'assentiment au moins tacite du KGB, les diplomates ordonnèrent de rester discret sur l'affaire et les militaires se contentèrent d'acquiescer, à la grande fureur de Londres et de Washington. Arma cedant togae, dit-on en latin. Traduction : les armes s'effacent devant la toge, soit, traduit en langage style Audiard, quand les diplomates l'ouvrent, les uniformes la ferment.
Jean-Jacques Cécile - le 11/07/2009 à 10h25
En sept ans au 13 (1978-1985), je n'ai entendu parler que de deux occasions au cous desquelles des dragons ont opéré en civil :
1) Dès le temps de paix, divers scénarios d'engagement étaient étudiés. Ces scénarios induisaient la reconnaissance, par exemple en République fédérale d'Allemagne, d'emplacements où des caches auraient pu être creusées. Ces reconnaissances étaient discrètement effectuées par des officiers ou sous-officiers en civil à bord de voitures civiles de location ;
2) En une occasion, un exercice Eugénie a testé la possibilité de faire récupérer des équipes par des réseaux d'évasion implantés en territoire ennemi. Pour l'occasion, les équipiers ont revêtu des vêtements civils.
Diverses rumeurs veulent que des équipiers aient opéré en civil en ex-Yougoslavie mais elles ne sont pas confirmées. Si elles devaient l'être, sans doute s'apercevrait-on qu'il s'agissait d'initiatives personnelles non couvertes ni approuvées par le commandement. C'est l'application du principe "pas vu pas pris" aux risques et périls de celui qui choisit en connaissance de cause de franchir la ligne rouge.
Le mode "overt" me semble être incompatible avec le fait pour des militaires d'opérer en civil. En effet, selon le Dictionary of military terms, une "overt operation" se définit comme telle (traduction personnelle) : "une opération conduite au vu et au su de tout un chacun, sans aucune dissimulation". J'ajoute un commentaire personnel : il s'agit la plupart du temps de faire connaître l'implication étatique par des moyens médiatiques pour des raisons de guerre de l'information. Dans ce cas, on est dans le symbolique et faire parader des soldats en uniforme devant une caméra est autrement plus significatif que de montrer des gens en vêtements civils en affirmant que ce sont des militaires. Car les militaires en civil ont toujours une connotation barbouzarde qu'il importe d'éviter lorsque l'on souhaite donner de la publicité à son action.
Jean-Jacques Cécile - le 11/07/2009 à 11h27